
Paris, 9ème
La Peau de l'Ame
Ayant été témoin de l'impact dévastateur et mondial de la violence de genre, Anilore a cherché à s'attaquer à ses conséquences sur la société, à savoir l'horreur de cette réalité omniprésente que trop d'entre nous subissent.
Anilore a choisi des peaux de buffle et de vache pour symboliser avec force la vulnérabilité des femmes, établissant un parallèle troublant entre la culture de la chasse et la violence prédatrice à laquelle les femmes sont confrontées dans la société. Montées comme des trophées exotiques, chacune de ces peaux fait écho au récit de la chasse.
Pour représenter un sujet aussi complexe et poignant, « Soul’s Skin » (Peaux d’âmes) aborde symboliquement les multiples facettes de cette épidémie de violence. Chaque œuvre comporte le contour d’une silhouette féminine dessiné sur la peau, telle une carte de la vie de ces femmes : ce qu’elles ont enduré et la répression qui transperce leur réalité. Des cheveux et des vêtements de poupée sont disposés autour des silhouettes, en référence au « regard masculin » – une forme familière d’objectivation aussi ancienne que le monde lui-même. L’intérieur de chaque silhouette est laissé vierge : ces femmes ont suffisamment souffert et leurs corps ne seront plus jamais sexualisés.


Dépassant largement l’échelle humaine, cette œuvre monumentale oblige les spectateurs à lever les yeux – un geste délibéré qui inspire le respect pour la force et la dignité des femmes. Un petit miroir est placé dans chaque pièce, de sorte que les visiteurs doivent se regarder en face tout en interagissant avec l’œuvre.
Il convient de noter que les crayons de couleur utilisés pour dessiner chaque silhouette ont été offerts à Anilore par le célèbre artiste américain John Chamberlain. Les mots « weight of the women » (le poids des femmes) sont griffonnés un peu partout. Au fond, cette œuvre aborde un sujet bien plus profond que l’esthétique et nous oblige à nous confronter à l’expérience fondamentale de la femme dans le monde : un déni systématique de son humanité.


Chaque œuvre distincte illustre des combats individuels différents. Une peau noire représente le mariage forcé. Un bouquet de mariée et un petit matelas symbolisent l’exigence de virginité et de pureté chez les femmes. Une peau rouge attire l’attention sur la lutte pour le rôle des femmes dans la société. Une autre œuvre, mettant en scène un cygne dessiné autour de la silhouette pour symboliser la pureté d’un enfant, rend hommage aux jeunes filles qui ont été enlevées en Afghanistan dans un contexte d’impuissance générale. D’autres œuvres, noires et brunes, rendent hommage aux hommes victimes d’abus pendant les conflits.

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